La mort d’un jeune soldat

En 1870, la France entre en guerre avec la Prusse (l’Allemagne). Une grande bataille a lieu à Sedan, près de la ville où habite le jeune poète Arthur Rimbaud (16 ans). Cet événement inspire la création du poème Le Dormeur du val (texte 1), un sonnet qui décrit un jeune soldat allongé dans un paysage paisible. Le texte crée une atmosphère de tranquillité, mais à la fin, une terrible réalité est révélée au lecteur. Ainsi, Rimbaud confronte le lecteur avec les horreurs de la guerre.

Malheureusement, le thème de la guerre est toujours d’actualité, plus de 150 ans plus tard. Le texte 2 est une interview avec les parents d’Adrien, un jeune Français de 20 ans qui est parti faire la guerre en Ukraine. Ils racontent comment ils ont appris la mort de leur fils et ce qu’ils pensent de sa décision d’aller se battre pour un autre pays.

Dans cette Exploration, tu vas donc comparer un poème du XIXᵉ siècle et une article journalistique récent pour analyser comment deux textes très différents traitent le même sujet. Tu vas découvrir comment le genre et le point de vue influencent notre manière de comprendre la guerre.

Texte 1

Le dormeur du val

C’est un trou de verdure où chante une rivière              een kuil vol groen
Accrochant follement aux herbes des haillons              flarden
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.               schijnt ; bruist van stralen

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,           waterkers
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,                in de open lucht
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :             doet een dutje
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;             trillen ; neusvleugels
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.           in zijn rechterzij

Source : Arthur Rimbaud, Le dormeur du val, 1870.

 

Texte 2

La guerre en Ukraine a fait une nouvelle victime chez les combattants français, ces volontaires qui se sont engagés d’eux-mêmes au sein des forces ukrainiennes. Cela porte donc à 4, désormais, le nombre de Français tués dans le conflit. Parmi eux, Adrien Dugay-Leyoudec, 20 ans, mort en juin dernier dans une frappe d’artillerie russe dans la région de Kharkiv.

Adrien est parti combattre quelques jours seulement après le début de l’invasion russe, il y a près d’un an, sans prévenir ses parents de son projet. Malgré l’angoisse et la peur, les parents ont tout fait pour garder le contact, ne lui ont pas demandé de rentrer en France, car ils ont vite compris qu’ils n’arriveraient pas à le faire changer d’avis.

Le 25 juin au matin, Maud a un mauvais pressentiment. Elle voit un numéro ukrainien s’afficher sur son téléphone portable : « C’était la première fois que j’avais le porte-parole de la légion pour nous expliquer qu’Adrien était mort le matin même. On ne s’est pas dit au revoir, mais nous lui avons dit qu’on l’aimait, qu’on le trouvait courageux. Plusieurs mois après son décès, je mets plusieurs secondes à me dire qu’il est mort, que je ne le reverrai plus. Ça sera toujours un vide ».

« Adrien, c’était quelqu’un de passionné, plein de projets qui partaient un peu dans tous les sens. C’était quelqu’un de cultivé, particulièrement en histoire. Il ne supportait pas l’injustice, l’important c’était de faire sa part, que chacun était responsable. Ce sont ces valeurs là qu’il est allé défendre », raconte son père.

« Il est mort pour une cause juste. Mais parfois, il y a une forme d’incompréhension, les gens disent que ce n’est pas notre guerre, qu’il n’avait pas à faire ce genre de choses. Moi je pense au contraire qu’il faut tout faire pour que la Russie ne gagne pas cette guerre. Mais naturellement que je regrette jusqu’à mon dernier souffle sa disparition », explique sa mère.

Source : « Guerre en Ukraine : le témoignage des parents d’Adrien, jeune français mort au combat » [extraits]. RTL, 17 février 2023.

D’abord, il faut connaître quelques mots pour mieux comprendre les textes. Suivez les trois étapes suivantes pour découvrir la signification de quelques mots et petites phrases.

  1. Cherche d’abord les mots que tu connais déjà. Traduis-les.
  2. Devine les autres mots. Peut-être que tu peux le faire à l’aide de l’anglais ou d’une autre langue que tu connais.
  3. Utilise deepl.com ou un dictionnaire pour traduire les mots qui restent.
Texte 1

  1. un val
  2. accrochant (accrocher)
  3. follement (fou)
  4. les herbes (l’herbe)
  5. fière (fier)
  6. la nuque
  7. baignant (baigner)
  8. étendu (étendre)
  9. pâle
  10. les glaïeuls
  11. sourire
  12. berce (bercer)
  13. chaudement (chaud)
  14. il dort (dormir)
  15. la poitrine
  16. le trou
Texte 2

  1. la guerre
  2. le témoignage
  3. se sont engagés (s’engager)
  4. un combattant
  5. un volontaire
  6. les forces
  7. prévenir
  8. l’angoisse
  9. un mauvais pressentiment
  10. s’afficher
  11. le porte-parole
  12. courageux
  13. le décès
  14. je ne le reverrai plus (revoir)
  15. un vide
  16. supporter
  17. faire sa part
  18. les valeurs
  19. une cause juste
  20. l’incompréhension
  21. au contraire
  22. gagne (gagner)
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